Tourisme humanitaire : solidarité ou condescendance ?

06/09/2016 -
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Le 16 août 2016 dernier, Libération a publié un dossier spécial sur une forme de tourisme de plus en plus controversée : le tourisme humanitaire. L’ATES, qui porte les valeurs d’un tourisme, levier de développement local, s’inscrit en accord total avec les termes de cet article.

En voici quelques extraits… (l’intégralité du dossier est accessible sur le site du journal – lien en fin d’article)

 

Depuis quelques années, de plus en plus de particuliers décident de lier l’utile à l’agréable en optant pour des vacances « humanitaires », des vacances qui ne sont pas uniquement centrées sur la découverte d’un pays et d’une culture mais qui intègrent une participation à des projets d’aide aux populations locales. « Le tourisme humanitaire », aussi appelé « volontourisme », et malheureusement aussi parfois « tourisme solidaire », peut prendre plusieurs formes : initiative individuelle, bénévolat au sein d’une association ou séjour humanitaire organisé par une agence. Et les missions proposées sont variées : distribution de matériel ou de nourriture, éducation, travail dans des orphelinats ou même dans des hôpitaux.

Mais quelles sont les motivations qui poussent ces bénévoles à payer, parfois très cher, pour partir ? Et quelles sont les conséquences réelles de ces « séjours humanitaires » sur les populations, pour les bénévoles et les ONG professionnelles qui travaillent déjà dans ces pays ? Libération répond à ces questions dans un dossier très complet, paru le 16 août 2016 sur le sujet, et dont l’ATES partage le point de vue.

 

A la base du tourisme humanitaire, la volonté d’aider l’autre

Les volontaires qui partent en séjour humanitaire, sont souvent motivés par l’envie de bien faire, celle d’apporter leur aide à des personnes en difficulté. Qu’elle soit stimulée par une quête de sens, la recherche d’une expérience humaine forte ou un événement international marquant, cette tendance témoigne d’un élan de générosité. C’est d’ailleurs ce que souligne Rony Bauman, ancien président de Médecins sans frontières : « Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation ».

Mais alors pourquoi est-ce que cette générosité ne s’exprime souvent qu’à l’étranger, et pas au quotidien, auprès des "pauvres en bas de chez soi" ? Cela s’explique en partie par les autres sources de motivations, plus individuelles, qui entrent également en jeu dans la décision de partir : valoriser son CV, expérimenter une profession avant de se lancer dans les études ou encore faire reconnaître ses valeurs morales et éthiques auprès de son entourage. Ces missions sont aussi plus attractives à l’étranger car la pauvreté est alors plus abstraite et lointaine, contrairement aux Roms, réfugiés ou SDF qui peuplent nos villes et nous bousculent parfois dans "notre petit confort".  

 

Une générosité controversée, si elle n’est pas suffisamment éclairée

Malgré les bons sentiments dont font preuve les bénévoles, de nombreux reproches sont faits au tourisme humanitaire, et notamment la dénaturation de la relation entre les voyageurs et la population locale. Rony Brauman va jusqu’à se demander « Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance. »

Cela rejoint le problème concernant l’absence de qualification des bénévoles. Bien souvent, l’envie d’aider les autres ne suffit pas pour être réellement utile sur le terrain et des compétences spécifiques sont nécessaires. Ainsi les ONG professionnelles préparent et professionnalisent leurs salariés avant de les envoyer sur le terrain. Chaque mission est accomplie par une personne formée et compétente, contrairement aux « touristes humanitaires » qui ont parfois la possibilité d’exercer un métier qui leur est étranger, sous prétexte que les exigences locales sont moindres, comme c’est le cas de ces jeunes danoises, apprenties médecins au Ghana ! Dans d’autres situations, les bénévoles, en souhaitant à tout prix se rendre utiles, vont jusqu’à se mettre en danger ou compromettre le travail des ONG, à cause du manque d’information ou d’un excès d’insouciance.

Enfin, l’article aborde un sujet souvent évoqué en matière de volontourisme qui réside dans l’aspect commercial de cet acte de solidarité, décrit aussi dans cet article. La commercialisation d’expériences humanitaires entraîne des comportements néfastes à la fois pour les volontaires et les populations, comme la multiplication des orphelinats au Cambodge qui vont jusqu’à séparer des enfants de leurs parents pour remplir des orphelinats et satisfaire les besoins des touristes de « faire le bien » ; ou encore ces agences de voyages qui font inlassablement repeindre des murs inutilement à leurs volontaires crédules, en quête d’une expérience qui « a du sens ».

A l’ATES, nous partageons globalement le point de vue supporté par ce dossier. Les membres de l’ATES proposent une vision différente du voyage solidaire dans laquelle voyageurs et populations locales se rencontrent et échangent… mais sans échanger leurs places. Le soutien local n’intervient pas par l’action directe des voyageurs mais par le financement de projets gérés et menés par les habitants, en toute autonomie. 

 

Dossier intégral de Libération - paru le 16 août 2016 :

Tourisme humanitaire : la vraie fausse pitié

Le pauvre en bas de chez vous, lui il peut vous engueuler

Au Liban, l'humanitaire en autotour

 

En lire plus sur le sujet : 

Le commerce du volontourisme, l'humanitaire imaginaire - La Presse

Dénoncer le fléau du "volontourisme" en Afrique avec des poupées Barbies - Slate

Volontourisme...pourquoi tant de haine ? - TourMag

Volontourisme : l'humanitaire à terre - Café Babel

Orphanage tourism - Tourism concern

 

 

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